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un mur à berlin
In my pyjamas all day long.
Octobre m'a glissé entre les doigts sans que je ne le sente, et me voilà étonnée. Je suis officiellement une ext*rne fauchée, je me rends à vélo dans la ville voisine pour mon stage, ai déraillé deux fois et suis tombée une fois, à cause d'un crétin qui a ouvert sa portière sans me voir.
Octobre est passé sans que j'aie le temps de le comprendre, tiraillée que je suis entre ces sentiments paradoxaux, d'un côté l'impression de lutter sans cesse pour refaire surface, de l'autre l'habitude qui vient si vite.

Devoir m'adapter en permanence, et prendre des nouveautés dans la gueule tous les jours.
Des tourbillons de prénoms, des gens d'autres promos avec qui je suis en stage, des médecins qui nous encadrent et leur humour cynique, le Chef de servic* un peu largué, les internes qui subissent mes questions. Depuis une semaine et pour encore une semaine, je suis au bloc, côté an*sthésie. Un int*rne adorable et pédagogue, avec qui les discussions même hors questions cliniques sont intéressantes. Il a un visage expressif et est étonnament empathique. Je découvre une spé (versant Ré*nimation pas An*sthésie qui m'attire beaucoup moins) qui me plait vraiment, même si ce service est un peu limite, mais je prévois de refaire un stage dans une autre unité de Réanimat*on, plus tard.
De la nouveauté et des imprévus, donc, l'impression de courrir derrière les minutes, pour faire des courses ou aller au ciné. Mes soirées s'usent sur les livres ou s'évadent avec des amis.
Je joue à ce jeu palpitant qui consiste à voir quel est le premier de nous deux qui craquera et rappellera l'autre, on me présente du monde. Ne pas perdre contact avec l'extérieur.

Mais en même temps, une assimilation plus rapide que je ne l'avais craint. Arriver à 8h, sauter dans mon pyjama, aller voir mes patients ou descendre au bloc, tout ça m'est devenu banal. Je présente mes patients à la visite. J'apprends à intub*r. Je lis des E CG, avec peine, contrairement à ce que me promettait le bouquin, j'agonis mon int*rne de questions, je me balade en pyjama, je veille tard le soir, pour quelques euros de plus.
Quand une malade d'une garde me déprime trop, parce que entendre la souffrance morale d'une mère qui vient de peut être tuer accidentellement son bébé de 8mois, pendant deux heures en soignant ses brûlures superficielles et tentant de distraire ses larmes en la faisant parler devant le service de ré* p*d, en attendant que sa famille prenne le relai, c'est atroce d'impuissance. Je reprends mon souffle dans les escaliers avant de replonger.
Si je suis vraiment contente, dans ces mêmes escaliers déserts ou avec une amie, un sourire me bouffe le visage, on saute sur place dans nos sacs à patates-pyjamas. J'ai réussit à intub*r et c'est la classe.

Un médecin surgit et surprend notre pause ou une larme, on se relève des marches ou on s'arrête de danser sans qu'il aie l'air plus étonné que ça (tous les hôpitaux ont au moins une cage d'escalier peu utilisée qui a une fâcheuse tendance à puer la clope et à être envahie de gobelets de café oubliés. Et ça fait longtemps que la plupart des gens ont renoncé à comprendre ce qui se passe dans la tête d'un ext*rne de gard* passé une certaine heure, ou même d'un ext*rne normal (sauf les quelques sadiques qui aiment les faire pleurer). Je mets mes mains dans mes poches et me mords les joue pour ravaler le rire, me penche pour refaire un lacet et fait tomber mes stylos. Je cafouille, ramasse mes affaires et disparaît.

Ma vie est en vrac, mais je fais ce qui me plait. Là est l'essentiel.

(quelques autres posts sur le lien mis à droite)

Ecrit par Villys, le Samedi 28 Octobre 2006, 13:51 dans la rubrique "Cercle de bonheur".